Le Devoir
le mercredi 13 août 1997

Le site renaît aux États-Unis

Le site Internet controversé qui compare le Québec à l'Allemagne nazie renaît aux États-Unis et s'attire le blâme du Centre Simon Wiesenthal

Paul Cauchon, devoir@cam.org

Rebondissement dans l'histoire du site anti-Québec dont Le Devoir faisait état cette semaine: le site, qui était hébergé par une compagnie de Vancouver et qui avait fermé ses portes lundi, a tout simplement déménagé aux États-Unis, hébergé maintenant par la compagnie GeoCities.

Contrairement à ce que nous écrivions hier, donc, le site «Quebec North America's Neo-Fascist State», qui établit de supposées ressemblances entre le Québec et l'Allemagne nazie, existe toujours.

L'auteur du site, qui signe Fifo, a d'ailleurs ajouté un nouveau commentaire dans sa page d'accueil, s'en prenant à l'article «hystérique» du Devoir, dit-il, qui avait signalé lundi l'existence du site.

L'auteur explique qu'il a déménagé son site aux États-Unis parce que le Canada possède des lois antidémocratiques sur la censure, et qu'il ne veut pas que ni lui ni son fournisseur Internet «souffrent des conséquences de ces lois».

L'auteur soutient également que son site ne viole aucune loi fédérale, surtout pas la loi sur les crimes haineux, ajoute-t-il.

Ce ne semble pas être l'opinion du Centre Simon Wiesenthal, qui émettait hier de Toronto un communiqué pour condamner ce site Internet.

Le centre qualifie la comparaison Québec-Allemagne nazie de «stupide, vicieuse et [démontrant] une absence totale de compréhension de la nature du nazisme», déclare Sol Littman, représentant du Centre Wiesenthal au Canada. «Il s'agit d'un manque de respect envers les six millions de Juifs qui sont morts dans l'Holocauste, tout comme un manque de respect envers les nationalistes du Québec.»

Le bureau canadien du Centre Simon Wiesenthal explique avoir exploré des centaines de sites Internet haineux de par le monde, et M. Littman ajoute que celui-ci est «typique», de par ses «distorsions de la réalité», tout en «cherchant à promouvoir la haine envers un groupe cible».

L'auteur du site controversé a ouvert une section consacrée aux commentaires des visiteurs, et hier on pouvait y lire des dizaines de messages d'internautes, la majorité s'en prenant d'ailleurs au contenu du site et critiquant le concepteur.

GeoCities, la compagnie américaine qui héberge maintenant le site anti-Québec, est installée à Santa Monica, en Californie, et elle est très connue des internautes pour héberger des milliers de pages personnelles. La compagnie revendique 850 000 membres.

GeoCities forme une mégacommunauté d'internautes. Elle a créé 38 communautés contenant chacune des milliers de pages personnelles et de messages, qui portent autant sur la science-fiction que sur la vie universitaire ou la santé.

Une de ces communautés, Capitol Hill, est consacrée au «gouvernement, [aux] politiques et [aux] opinions fortes» (selon les termes utilisés par GeoCities), et c'est dans cette communauté que loge le site anti-Québec.

Il est à noter que nous avons pu hier identifier un autre site controversé logé dans cette section de GeoCities, un site appelé «Stop The Office de la langue française». L'auteur de ce site, qui signe son adresse électronique du nom de «jeliott» et qui semble n'avoir aucun lien avec le premier site anti-Québec, entend «éliminer les certificats de francisation» et «mettre fin à l'OLF de façon permanente».

Pour ce faire, l'auteur invite les visiteurs à engorger les serveurs de l'OLF par envoi de courrier électronique, et il invite les internautes à télécharger un programme spécifique à ces fins.

L'auteur annonce également qu'il entend ultérieurement «ennuyer» (annoying) d'autre sites du gouvernement québécois.

À l'Office de la langue française, un porte-parole indiquait hier qu'il a fallu remonter au complet le serveur du site web de l'OLF deux fois depuis sa mise en fonction. Ce serveur a été inondé de courrier non demandé, et on a même téléchargé des sites pornographiques complets dans le site de l'OLF, histoire d'engorger les lignes.

La compagnie GeoCities précise dans ses propres pages qu'elle n'est pas responsable du contenu des pages personnelles qu'elle héberge, mais a affirmé que le matériel «grossièrement offensant» ainsi que les expressions de racisme et de haine seront bannis.

Plusieurs lecteurs du Devoir avaient identifié hier la nouvelle adresse du site anti-Québec, et ils entendaient faire pression sur GeoCities.


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